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Internet peut-il imploser?

 

Internet peut-il imploser? (14/10/2005) Dossier par Ange-Gabriel La difficulté des Etats-Unis, d'un côté, et de l'Union Européenne, de l'autre, à s'entendre sur l'avenir d'Internet peut-elle conduire à son implosion? Les récents pourparlers entre les deux grandes puissances économiques ont été mouvementés, et peu productifs. Le futur d'Internet tel que nous le connaissons semble suspendu à une --hypothétique-- démonstration d'ouverture de la part du gouvernement américain, mais il se pourrait que le problème soit un peu plus complexe. Il faut se souvenir qu'à la base, si Internet, ou le réseau embryonnaire qui lui a donné naissance, est une invention européenne (elle trouve son origine dans un intranet sophistiqué lancé au CERN, le Centre d'Etude et de Recherche Nucléaire, dans les années 1960), il a trouvé son mode de fonctionnement actuel, que nous avons tous appris à apprécier, sous la houlette des Etats-Unis, dont le Département de la Défense a grandement contribué à en assurer le développement et, dans une moindre mesure, la sécurisation. Pour les Américains, Internet est une invention américaine, donc l'organisme qui en gère le fonctionnement, l'ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), basé en Californie, doit demeurer seul aux commandes, sous la tutelle, comme c'est actuellement le cas, du Département américain du Commerce. Ce dernier se prévaut de n'avoir jamais interféré avec les recommendations de l'ICANN, mais une promesse faite du temps de l'administration Clinton de conserver à l'ICANN sa --relative-- indépendance semble sur le point de devenir caduque. Les Etats-Unis avancent qu'Internet, dans sa forme actuelle, regroupe plus de 250.000 réseaux inter-connectés, qui emploient tous un protocole technique standard, le fameux TCP/IP (Transmisssion Control Protocol/Internet Protocol); modifier en profondeur cette structure mettrait à mal tout l'édifice, et poserait de sérieux problèmes de sécurité pour les internautes. En cause, évidemment, la définition des DNS, les Domain Name Systems, ces catégories qui permettent, lorsque vous transmettez une requête via votre navigateur Internet, de trouver rapidement le ou les sites le(s) mieux adapté(s). En fait, ce sont plus particulièrement les "racines" de ces DNS, qui sont concernés par cette polémique*. Les Etats-Unis arguent à ce sujet que le contrôle des DNS n'est pas une fin en soi, même s'ils ne sont pas disposés à y renoncer; l'administration Bush actuelle estime en effet que les pays qui aspirent à contrôler une partie de ces noms de domaines sont souvent des régimes autoritaires, voire totalitaires, où la liberté d'expression n'est qu'une vue de l'esprit. Transférer les suffixes (les fameux "point-quelque chose" à la fin des adresses Internet) hors du contrôle de l'ICANN nuirait davantage à Internet qu'il ne servirait les peuples des pays en question, estiment certains hauts-fonctionnaires américains ; ils ajoutent que le modèle actuel a fait la preuve de son efficacité, et que le remettre en question ne pourrait qu'aboutir à la disparition d'Internet. L'Union Européenne voudrait de son côté obtenir un meilleur contrôle sur les DNS qui la concerne au premier chef, de manière à étoffer sa nomenclature sans avoir à demander la permission aux Etats-Unis. Ce à quoi ces derniers répondent qu'en formulant une telle demande, l'Europe fait le jeu, sans le savoir (?) de certains pays où le mot "démocratie" ne signifie pas grand chose ; l'ancien Premier Ministre suédois Carl Bildt a ainsi émis de sérieux doutes quant au caractère désintéressé du soutien de l'Arabie Saoudite à la fronde européenne. Les agendas des uns et des autres semblent présenter en effet de sérieuses différences... La crainte de tous est que, découragés par l'intransigeance des Etats-Unis, des pays comme la Chine, l'Iran, certains pays arabes, et des puissances en devenir (Brésil, Argentine, Afrique du Sud) soient tentés de créer une sorte de réseau-bis, dont le fonctionnement échapperait quasiment à tout contrôle. L'Union Européenne rejette évidemment les accusations selon lesquelles son opposition quasi-viscérale à l'hégémonie américaine la rendrait vulnérable à une manipulation de la part des pays sus-mentionnés. La représentante de la Commission Européenne en charge de ces questions se dit "consciente du problème, et du fait que certains (pays) pourraient tenter de l'instrumentaliser". La conférence qui se tiendra à Tunis, du 16 au 18 novembre prochains, sera en quelque sorte celle de la dernière chance, mais on voit mal les différents protagonistes ne pas se mettre d'accord, étant donné l'importance qu'a pris Internet dans l'économie mondiale au cours des dernières années. Tuer la poule aux oeufs d'or ne servirait les intérêts de personne...

Note : Les "racines" des noms de domaines (DNS) se répartissent en deux catégories: les gTLD (generic Top Level Domain), qui sont pour l'instant au nombre de 14, et qui symbolisent des "secteurs d'activité" (.com ou .org, par exemple), et les 248 ccTLD (country code Top Level Domain) qui représentent des domaines attachés à un pays donné (.fr en est une illustration). Ils sont stockés sur 13 machines disséminées à travers le monde, et leur contrôle, on peut s'en douter, est l'objet de toutes les attentions...

 

Qui sont donc les hackers ?

Le CERT, le groupe dédié à la sécurité de l'université Carnegie Mellon, a évalué à plus de 76 000 le nombre d'incidents de sécurité informatique rencontrés au cours des six premiers mois de 2003. L'augmentation est extrêmement nette par rapport aux 82 000 incidents relevés au cours de l'année 2002 toute entière. De plus, les attaques sont devenues plus sophistiquées. On a par exemple dénombré plus de virus et de vers destinés à voler des informations. La confiance dans les systèmes d'information s'effrite. A tel point que Microsoft a créé le mois dernier un fonds de 5 millions de dollars destiné à récompenser toute personne procurant des informations menant à l'arrestation des responsables de ces attaques (encore eux !).

Ces responsables on les désigne sous l'étiquette générique de hackers. Le terme trouve son origine au début des années 1980 dans un club de passionnés de technologie du Massachusetts Institute of Technology, réunis autour d'un intérêt commun : les modèles réduits de chemins de fer. Mais, pour mettre au point des circuits de plus en plus complexes, et surtout les automatiser, les membres du club ont montré une grande habilité et une nette propension à imiter le fonctionnement de systèmes complexes, comme le standard téléphonique du MIT. Du standard téléphonique aux ordinateurs de l'époque, les PDP 11 de Digital Equipment en particulier, il n'y avait qu'un pas que les membres du club ont franchi. Ils se sont spécialisés dans l'incursion dans des systèmes dont ils désiraient maîtriser le fonctionnement. Ils ont même publié un livre sur les personnalités les plus marquantes de leur assemblée.( En savoir plus : A Brief History of the Tech Model railroad Club - 1ère référence au concept de hackers)

Ce livre s'intitulait : "Hackers, les héros de la révolution informatique". Il n'y avait donc à l'origine aucune connotation négative dans ce terme. Il désignait plutôt des individus plus ingénieux que la moyenne, capables de comprendre des machines très hermétiques pour le commun des mortels. Leur ouvrage "Hackers" publié en 1984 évoquait d'ailleurs les personnalités brillantes de la côte ouest américaine qu'étaient Steve Jobs et Stephen Wosniak (les fondateurs d'Apple) ainsi qu'un certain... Bill Gates.

Ce désir de connaître figure toujours dans la personnalité du hacker. Mais il n'est plus seul hélas : il est souvent eclipsé par des motifs moins avouables. Aujourd'hui, le journaliste spécialisé dans la sécurité informatique, Damien Bancal, responsable du site Zataz, identifie trois types d'acteurs possibles :

- Le codeur, l'étudiant, l'ingénieur qui cherche à comprendre tel ou tel bug. Apres tout, un virus n'est rien d'autre que l'utilisation d'un problème informatique. Il va rarement diffuser son code.
- Le trasher, crasher, celui qui a pour mission de détruire. Soit on a affaire à l'idiot du village dans toute sa splendeur, soit à une attaque plus "économique".
- L'aspect politique. De plus en plus de virus sont là aussi pour informer sur telle ou telle cause comme ce virus Sri Lankais ou dernièrement avec le ver Yaha qui participe à la guerre entre le Pakistan et l'Inde.

Une enquête, publiée par "Information Week" le mois dernier, précise ce portrait. Lorsque l'on les interroge sur leurs motivations, près de 100% des hackers affirment qu'ils pénètrent les systèmes par défi intellectuel, pour accroître leurs connaissances, pour mieux connaître les ordinateurs et l'informatique, pour comprendre comment tout cela fonctionne. Mais 14% déclarent se rebeller ainsi contre l'autorité ou le gouvernement. Et 7% veulent combattre le capitalisme, l'ordre établi ou devenir célèbres.

Cette quête de reconnaissance politique ou sociale laisse place désormais à une autre motivation : l'argent. Les compétences des hackers attirent des firmes spécialisées dans la sécurité, mais aussi des hommes d'affaires peu scrupuleux. Ainsi, les hackers sont approchés pour dénicher des listes de cartes de crédit, réaliser des opérations sous de fausses identités, voire programmer des jeux factices, des attrape-nigauds, où obtenir des listes d'adresses électronique que des spammers professionnels exploiteront.

Enfin, les hackers sont à l'affût de tous les défauts des logiciels qui sont mis sur le marché. L'exploitation rapide d'une faille de sécurité - surnommée "zero-day exploit" car il n'y a quasiment aucun délai entre la découverte de la vulnérabilité et son exploitation - peut se monnayer jusqu'à 5000 dollars. Animé par ces multiples tentations, l'activité des hackers risque de se développer. Elle se réduira sans doute le jour où l'on pourra répondre à sa motivation première : le désir de comprendre comment tout cela fonctionne.

 

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